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Le Genius Loci, sentiment d’appartenance et esprit d’équipe

par / vendredi, 07 mars 2014 / Publié dans RH

Si la clef de succès de l’équipe tient d’abord au sentiment qu’ont ses membres de partager ensemble une vision commune, la performance du groupe vient aussi largement de l’existence d’un esprit d’équipe.

L’esprit d’équipe est ce ciment qui donne aux membres d’un groupe le sentiment de faire corps et les pousse à œuvrer pour le bien du collectif autant que de s’investir pour la satisfaction de leur intérêt.

Mais la question se pose de savoir ce que sont ces ingrédients, qui, mis en commun, assurent la richesse de ce lien et contribuent à sa solidité, autant qu’à sa pérennité ?

 

  – Toute organisation se définit d’abord par son identité

Toute organisation fonctionne sur 2 niveaux de communication qui participent de la construction et de la définition de son identité:

  • la sociabilité « syncrétique » (José Bleger) liée aux vécus sensoriels des membres du groupe comme fondement essentiel et archaïque de l’appartenance. Qu’est-ce qui fonde l’aisance, le confort ou au contraire le malaise dans une équipe si ce n’est le sentiment intime de partager ou non des ressentis, des sentiments, de pouvoir ou non s’identifier ou se mettre ou non à la place de… La sociabilité « syncrétique »  relie souterrainement les composantes affectives et relationnelles de la vie du groupe et en tisse la toile arachnéenne.
  • la sociabilité « évoluée » fait référence à la communication verbale et non verbale entre les individus, la communication effective et observable pour tout élément extérieur à l’organisation

 

– Toute communauté se définit également par une frontière qui conserve néanmoins de la souplesse

L’identité commune et le sentiment d’appartenance donnent lieu à un espace commun délimité par une frontière. Le degré de rigidité, de souplesse et de flexibilité de celle-ci est étroitement lié à la qualité de l’identité du groupe.

Plus un groupe élabore une identité forte, c’est-à-dire fondée sur un partage de valeurs, une mise en commun des potentialités, une capacité à gérer ses différences, à solutionner ses conflits et tensions, plus cette frontière est mobile et perméable.

Une frontière mobile et perméable lui permet à la fois de se protéger et d’avoir une existence propre et à la fois de s’enrichir des apports extérieurs sans craindre d’être envahi et de perdre alors son identité.

Ainsi, tels les « commuter trains » anglais (Claudio Neri) qui font la navette et transportent tous les jours des passagers d’une ville à l’autre, des faubourgs à la métropole, du lieu de résidence au lieu de travail et illustrent le mouvement oscillatoire de la dimension individuelle à la dimension collective et vice versa, la frontière d’un groupe,  vue et vécue en tant que membrane souple et perméable, permettrait plus aisément le passage de la dimension individuelle à celle du groupe, les apports de l’individu au collectif et le transfert de richesse du collectif à l’individu.

 

  – Tout groupe se définit enfin par son organisation et son système de gouvernance

Toute organisation a son représentant nommé, ce responsable statutaire. Le Manager est un responsable opérationnel. Responsabilité lui est confiée statutairement d’orienter le groupe dans l’accomplissement de sa tâche.

Toute équipe gagne dans le même temps à pouvoir compter sur  un « Genius Loci » (Claudio Neri) qui, quant à lui, tirerait sa légitimité de ce qu’il apporte sur le plan du repère affectif.

Dans la mythologie gréco-romaine, le Genius Loci est un dieu mineur et local. Il ne vit pas sur l’Olympe mais dans une ville, sur une colline ou dans une campagne déterminée.  Tout lieu est  pourvu de son « esprit du lieu » qui préside à son harmonie et à la bonne relation entre ses divers éléments : eau, vent, végétation, constructions…

Présent dans le groupe, ce Genius Loci construirait et entretiendrait  l’identité du groupe en en régulant la sociabilité syncrétique et en en reliant les composantes affectives et relationnelles. Sa fonction serait d’inventer des manières d’être ensemble susceptibles d’activer l’esprit de groupe sans que le groupe en ait d’ailleurs toujours pleinement conscience.

Le Genius Loci a pour tâche d’animer ou de réanimer l’identité du groupe en développant le sentiment d’appartenance chez ses membres.

Un groupe « vivant », solidaire ouvert à des échanges conflictualisés mais aux frontières souples, le met à l’abri du besoin de recourir à une stricte délimitation entre intérieur et extérieur pour maintenir et confirmer son identité.

Un groupe « passif », est tenté de délimiter son territoire de façon archaïque pour défendre sa cohésion. Dés lors, la frontière n’est plus cette membrane perméable aux apports extérieurs ; elle se fige et se transforme en barrière rigide. Dès lors, le groupe se sclérose et fonctionne de façon égocentrée, sans capacité de remise en cause de ses convictions qui peuvent dériver en croyances ou en préjugés.

 

  – L’équipe en quête d’efficacité gagnera à favoriser l’émergence de son Genius Loci

Pour pouvoir donner le meilleur de lui-même et opérer de manière efficace, le Genius Loci gagne à être perçu par les membres du groupe comme étant globalement situé au même niveau qu’eux.
Il n’est donc pas forcément une personne investie d’une autorité hiérarchique, encore qu’il ne soit pas interdit de cumuler ces casquettes, mais est en quelque sorte le centre vital et affectif du groupe.
Assurant la continuité et la stabilité affective dans les moments de transformation ou de crise, il maintient l’harmonie entre les éléments de l’équipe quand certains perdent leurs repères et tendent à se replier sur eux-mêmes.

Chacun, au sein de l’équipe, à des titres ou à des moments divers, peut faire office de Genius Loci et nourrir en transverse sociabilité syncrétique et sociabilité évoluée pour peu qu’il s’autorise spontanéité et bienveillance et qu’existent possibilité d’expression de soi et altérité.

Alors que se succèdent ces sondages et études d’opinions évoquant la démotivation des salariés liée autant à l’absence de vision et à la perte de sens qu’au sentiment de n’être pas visible et reconnu, peut-on passer à côté de cette opportunité de créer du lien et de favoriser dans nos organisations ce qui est de nature à renforcer cet esprit d’équipe dont nous avons tant besoin ?

Pour la hiérarchie de l’organisation, il est une réalité sans doute peu classique qu’il convient de préciser selon laquelle il ne lui appartient ni d’intervenir dans le choix de l’individu, ni bien sûr de définir ses prérogatives. L’importance de sa contribution, et ce n’est pas rien, réside dans ce climat qu’il peut insuffler et viser à créer, ainsi que dans la défense de valeurs qui favoriseront l’émergence progressive du Genius Loci !

Barbara Leverdier
Consultant Partner

José Bleger « Symbiose et ambiguïté »  PUF
Claudio Neri « Le groupe »  ERES

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